Il fallait bien que cette histoire connaisse enfin une autre fin. Trois finales perdues, trois rendez-vous manqués, trois fois le Cameroun avait vu le trophée lui échapper.
Dimanche soir à Rabat, les Lionnes indomptables ont enfin brisé cette malédiction. Face au Malawi, elles n’ont pas tremblé. Elles ont dominé, imposé leur rythme et frappé fort pour s’offrir une victoire nette (3-0) et surtout, le premier titre de CAN féminine de leur histoire.
Ce sacre dépasse largement le simple cadre d’une finale remportée. Il vient récompenser une sélection qui a longtemps vécu dans l’ombre d’un Nigeria presque intouchable et qui, malgré son immense potentiel, n’avait jamais réussi à inscrire son nom au palmarès. Les Camerounaises avaient déjà atteint la finale en 2004, 2014 et 2016, mais étaient systématiquement tombées face aux Super Falcons. Cette fois, le scénario était différent : le Cameroun avait rendez-vous avec son histoire et il n’a pas laissé passer sa chance.
Et quelle manière de gagner ! Les Lionnes indomptables ont quasiment réglé l’affaire en première période. Marie Ngah s’est offert un doublé avant que Naomi Ndjoah Eto ne vienne ajouter un troisième but. En 45 minutes, le Cameroun avait déjà transformé une finale annoncée comme historique en démonstration de force. Le Malawi, pourtant révélation exceptionnelle de cette édition et présent pour la première fois en finale, n’a jamais réussi à renverser la tendance.
Mais il serait injuste de réduire cette finale à la défaite du Malawi. Car les Scorchers ont écrit l’une des plus belles histoires de cette CAN. Pour leur première participation, elles ont atteint la finale et ont fait vaciller la hiérarchie du football féminin africain. Leur parcours rappelle surtout que le continent regorge de talents et que les écarts se réduisent progressivement. Le Malawi repart sans trophée, mais certainement pas sans prestige.
Le Cameroun, lui, repart avec beaucoup plus qu’une médaille. Il repart avec une couronne et une nouvelle place dans l’histoire. Les Lionnes indomptables deviennent la quatrième nation à remporter la CAN féminine, après le Nigeria, la Guinée équatoriale et l’Afrique du Sud.
Ce titre est aussi un message. Le football féminin africain n’est plus condamné à tourner éternellement autour des mêmes puissances. L’Afrique du Sud avait déjà créé la surprise en 2022. Le Cameroun vient désormais confirmer cette évolution. Et derrière, des nations comme le Malawi montrent qu’elles peuvent elles aussi rêver beaucoup plus grand.
Il y a donc quelque chose de symbolique dans ce sacre camerounais. Après tant de frustrations, les Lionnes ont enfin transformé leur statut de prétendantes en celui de championnes. Elles ont surtout démontré qu’une finale ne se joue pas avec le poids du passé, mais avec la capacité à saisir le moment présent.
Hier, à Rabat, le Cameroun n’a pas seulement battu le Malawi. Il a vaincu ses propres souvenirs. Il a refermé le chapitre des finales perdues et ouvert celui d’une génération désormais championne d’Afrique.
Et peut-être est-ce cela, finalement, la plus belle image laissée par cette CAN : le football féminin africain continue de grandir, de surprendre et de changer de visage. Le Cameroun vient d’en écrire une page majeure. Il reste maintenant à savoir si ce premier sacre sera un aboutissement ou le début d’une nouvelle ère pour les Lionnes indomptables.