England's midfielder #10 Jude Bellingham celebrates scoring his team's first goal during the UEFA Euro 2024 Group C football match between Serbia and England at the Arena AufSchalke in Gelsenkirchen on June 16, 2024. (Photo by OZAN KOSE / AFP)
On le savait charismatique. On le savait incandescent. On le savait capable de transformer une action banale en moment de légende. Mais on savait aussi, à demi-mot, que Jude Bellingham ne faisait pas dans la demi-mesure. Et voilà que Thomas Tuchel, à la tête d’une Angleterre ambitieuse et plus fragile qu’elle ne le croit, décide de lever le voile sur cette tension latente. Sans détour.
« Même ma mère trouve son attitude repoussante. »
Une phrase choc. De celles qu’on ne dit pas par hasard. Une pique ? Un électrochoc ? Ou peut-être les deux. Dans tous les cas, une ligne rouge franchie dans le discours public entre un sélectionneur et son joueur phare.
Mais fallait-il s’en émouvoir, ou au contraire s’en réjouir ?
Ni ange, ni démon
Car au fond, Bellingham n’est pas un monstre. Il est jeune. Il est fougueux. Il est parfois excessif. Mais dans un monde du football souvent lisse, automatisé, essoré par le politiquement correct, il incarne cette émotion brute qui nous fait encore lever les yeux de nos écrans. Il a des regards qui tuent, des célébrations rageuses, des gestes d’humeur. Il vit le match avec une intensité qu’on ne commande pas depuis un banc.
Et ce que Tuchel lui reproche n’est pas son feu, mais la direction de sa flamme.
Il a raison, sur le fond. Un leader n’intimide pas ses coéquipiers. Un cadre ne vocifère pas à tout va. Mais fallait-il le dire devant les caméras ? Fallait-il prendre le risque d’exposer un diamant encore en taille, à un moment si crucial de la compétition ?
Le poids des responsabilités à 21 ans
Le paradoxe est cruel. L’Angleterre veut que Bellingham soit un leader, mais lui refuse parfois les excès du leadership naissant. On le veut mature, mais on oublie son âge. On exige de lui qu’il galvanise, qu’il marque, qu’il incarne. Mais on lui reproche d’en faire trop. Qui, à 21 ans, porte un pays sur ses épaules avec autant de grâce et de rage mêlées ?
Tuchel, lui, semble vouloir l’éduquer sur le tard. Mais il oublie une chose : on ne canalise pas un volcan en lui lançant de l’eau froide, surtout en pleine irruption.
Une question de tempo, pas de vérité
Ce que Tuchel dit, il le dit sans doute avec justesse. Mais le moment n’est peut-être pas le bon. Dans une compétition où la moindre faille émotionnelle peut fissurer une équipe, la sortie publique du coach ressemble davantage à une tentative de recadrage par les médias interposés qu’à une véritable stratégie de gestion de vestiaire.
Et si cette Angleterre veut aller loin, elle devra apprendre à transformer la fougue de Bellingham en moteur, pas en mèche courte. L’avenir du football anglais ne se joue pas uniquement dans les pieds du numéro 10. Il se joue dans sa capacité à devenir plus qu’un joueur incandescent : un capitaine incandescent.
Mais que cela prenne du temps, qu’on le laisse respirer.
Le vrai danger n’est pas que Bellingham brûle tout sur son passage. Le vrai danger, c’est qu’on l’éteigne.