Le Togo tourne une nouvelle page. Après l’échec relatif de Daré Nibombé, la Fédération togolaise de football a choisi de confier les Éperviers à un technicien chevronné, plutôt qu’à un jeune coach en vogue. Patrice Neveu, 71 ans, revient ainsi sur le continent africain avec une mission claire : redonner de la stabilité à une sélection en manque de repères.
L’expérience comme priorité
Ce qui a guidé la fédération, c’est avant tout l’expérience. Neveu connaît les sélections africaines dans toutes leurs complexités : calendriers contraints, joueurs dispersés en Europe, infrastructures limitées, pressions médiatiques et politiques permanentes. De la Guinée au Gabon, en passant par la Mauritanie et la République démocratique du Congo, le Français a appris à gérer des contextes instables et des groupes hétérogènes. Une compétence rare pour un sélectionneur de football africain.
Son passage à la tête du Gabon, avec lequel il avait atteint les huitièmes de finale de la CAN 2021, illustre sa capacité à obtenir des résultats dans l’adversité, mais rappelle aussi ses limites : il stabilise plus qu’il ne transforme profondément.
Le chantier tactique : installer une colonne vertébrale
Le Togo dispose d’individualités talentueuses comme Djené Dakonam, Kodjo Fo-Doh Laba, Ihlas Bebou, et la jeune garde comme Kevin Denkey ou Karim Dermane. Mais ces talents individuels ne suffisent pas. Depuis plusieurs années, l’équipe manque de régularité, de cohésion tactique et d’une identité de jeu reconnaissable.
Neveu est pragmatique. Attendu pour réinstaller un cadre solide, il devrait privilégier :
un bloc compact,
la discipline défensive,
la transition rapide entre phases de jeu.
Un style qui pourrait correspondre au profil actuel de l’équipe et offrir un socle sur lequel bâtir à moyen terme.
Une stratégie fédérale révélatrice
Le choix de Neveu n’est pas seulement sportif : il est politique. La fédération envoie un signal fort : elle veut reprendre le contrôle et rétablir une certaine crédibilité. Opter pour un technicien expérimenté, connu sur le continent, vise à rassurer les cadres, les sponsors et les observateurs internationaux.
Mais cette stratégie comporte un risque : si le soutien institutionnel fait défaut ou si la fédération change d’avis à mi-chemin, l’effet de cette nomination pourrait être limité. Sans vision à moyen terme, même l’expérience du Français risque de ne pas suffire à transformer durablement la sélection.
Le vrai défi : redonner une identité
Au-delà des systèmes et des schémas, le véritable défi pour Neveu sera de créer un collectif stable. Les Éperviers doivent retrouver une continuité de jeu, apprendre à gérer les moments clés et redevenir compétitifs face à des adversaires directs sur la scène africaine. La CAN 2027 s’annonce comme le premier test majeur : une qualification sera un indicateur clé de réussite.
Verdict
Le recrutement de Patrice Neveu est un choix réfléchi, rationnel et mesuré. La fédération mise sur l’expérience plutôt que sur le spectaculaire, la maîtrise plutôt que le pari. Mais le succès de ce recrutement dépendra de trois éléments cruciaux :
la stabilité de l’environnement fédéral,
l’adhésion du vestiaire,
la capacité du sélectionneur à structurer durablement l’équipe.
En choisissant Neveu, le Togo a peut-être trouvé un stabilisateur. Reste à savoir si cette stabilité pourra se transformer en renouveau pour les Éperviers.