À quelques semaines de la cérémonie d’ouverture de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT) traverse une zone de turbulences.
À peine réélu avec 97 % des voix, Samuel Eto’o a validé une première liste du nouveau sélectionneur David Pagou dans laquelle ne figurent ni André Onana ni Vincent Aboubakar, deux cadres historiques des Lions Indomptables. Une décision qui a déclenché une vive controverse dans le pays et irrité plusieurs figures influentes.
L’éviction du gardien André Onana, déjà au centre de tensions lors des précédentes compétitions internationales, a particulièrement surpris. Le joueur de Manchester United, pourtant récemment revenu en sélection, ne participera pas à la prochaine CAN selon la liste publiée.
Cette mise à l’écart intervient dans un climat institutionnel tendu : le nouvel entraîneur a été nommé après le limogeage du Belge Marc Brys, une décision annoncée immédiatement après la réélection d’Eto’o. Les critiques dénoncent une gestion « trop centralisée » du football camerounais et un choix « plus politique que sportif ». Plusieurs observateurs redoutent qu’un tel bouleversement affecte la cohésion et l’expérience du groupe à l’approche du tournoi continental.
Sur les réseaux sociaux comme dans les milieux sportifs, la réaction a été immédiate : nombreux sont ceux qui estiment que l’exclusion d’Aboubakar, capitaine emblématique, et d’Onana fragilise l’équipe nationale alors que le Cameroun espère renouer avec les sommets africains. L’affaire ne cesse d’alimenter le débat, alors que la FECAFOOT, elle, maintient le cap de sa réorganisation sous la houlette d’Eto’o.
Quelques jours avant l’Assemblée générale élective de la Fédération Camerounaise de Football le 29 novembre dernier, plusieurs acteurs ou observateurs du football local, dont des proches du ministre des Sports Narcisse Mouelle Kombi, avaient fait cette prévision :
« Si Samuel Eto’o est effectivement élu parce que le ministre n’aura pas réussi à faire suspendre le processus électoral, il y a de fortes chances que Marc Brys ne soit pas le sélectionneur des Lions Indomptables à la CAN. »
“Se priver d’un gardien de niveau mondial pour la CAN, c’est incroyable”, estime un proche de Marc Brys, résumant le sentiment de l’ancien sélectionneur, limogé quelques semaines seulement avant l’annonce de la liste officielle.
Selon cet entourage, Brys, qui avait réintégré André Onana lors de son passage à la tête des Lions Indomptables, juge incompréhensible l’idée d’écarter un joueur évoluant au très haut niveau européen à l’approche d’une compétition majeure.
Cela n’a pas tardé. Réélu avec un score quasi nord-coréen de 97,70 % dans une élection où il était le seul candidat, Samuel Eto’o n’a attendu que quarante-huit heures pour annoncer le renvoi du sélectionneur belge Marc Brys ainsi que du staff technique nommé par le ministère des Sports, aussitôt remplacés par David Pagou.
Peu après, la FECAFOOT publiait la liste des joueurs retenus pour la CAN. Les absences d’André Onana, Martin Hongla, Michaël Ngadeu, Eric Maxim Choupo-Moting et Vincent Aboubakar, tous proches de Brys et régulièrement convoqués sous son mandat, ont immédiatement suscité l’attention et nourri les interrogations autour de cette refonte express.
« Eto’o a évincé des joueurs importants, des leaders, car c’est évidemment lui qui a fait cette liste. Comment peut-on aller disputer un tel tournoi sans un gardien de niveau mondial, ou sans Aboubakar ? Parce que ce sont des joueurs qui ont du caractère, qui tiennent tête au président. C’est incroyable, mais ça ne m’étonne pas venant de quelqu’un de narcissique, qui pense qu’il est le plus beau », commente Brys pour Afrik-Foot. Sollicité par SMS, Vincent Aboubakar n’a de son côté pas souhaité communiquer. « Je ne donne pas d’interview, merci de votre compréhension », a répondu le joueur du Neftchi Bakou (Azerbaïdjan).
Le Belge, informé de son limogeage par la presse, n’a reçu aucune notification officielle.
« Ni de la fédération, ni du ministère des Sports. Moi, je suis sous contrat avec ce dernier. C’est lui qui m’a nommé, c’est lui qui verse mon salaire, c’est donc lui qui doit me dire si je suis limogé. Pour l’instant, je suis dans l’attente », nous explique l’ancien entraîneur de Saint-Trond, lequel est sous contrat jusqu’au 30 septembre 2026. « Je ne sais pas pourquoi il n’y a aucune réaction du côté du ministère des Sports. J’attends qu’on me dise ce qu’il en est. »
Alors que la polémique enfle autour de la liste des Lions Indomptables pour la CAN et du rôle supposé de Samuel Eto’o dans les choix finaux, le ministère des Sports, pourtant directement concerné par le récent bras de fer institutionnel avec la FECAFOOT, observe un silence radio total. Aucune déclaration, aucun communiqué, aucune réaction officielle : une discrétion qui interroge, au moment où les tensions entre l’administration sportive et la fédération atteignent de nouveaux sommets.
Interrogé sur la gestion financière du dossier, un observateur glisse une remarque acerbe : « C’est facile d’être généreux avec l’argent des autres », dénonçant ce qu’il considère comme une absence de responsabilité dans les décisions prises au sommet.
« Cela avait coûté près de deux millions d’euros, versés par l’État, donc par le contribuable. Le Cameroun traverse une période difficile sur le plan économique, et le renvoi de Brys et de certains de ses adjoints coûterait plusieurs centaines de milliers d’euros. Eto’o n’a qu’à assumer ses décisions et payer ces indemnités, puisqu’il raconte partout que la fédération a de l’argent. C’est facile d’être généreux avec l’argent des autres », ironise un proche du ministre des Sports.
Une issue peu probable, toutefois, au regard de la situation financière pour le moins fragile de la FECAFOOT. Selon les informations d’Afrik-Foot, l’État aurait d’ailleurs décidé de ne reconnaître que le staff technique nommé par le ministère des Sports. En clair : la fédération devrait assumer seule les salaires et les primes des techniciens qu’elle a choisis, creusant un peu plus un fossé déjà profond entre les deux institutions.