La scène est connue : deux anciens piliers des Lions Indomptables, Samuel Eto’o et Geremi Njitap, jadis complices sur les terrains, se déchirent désormais dans une lutte féroce pour le contrôle du football camerounais. Mais au-delà de l’affrontement personnel, ce conflit révèle des fractures profondes au sein d’une gouvernance sportive en pleine crise.
Une querelle d’ego aux lourdes conséquences
Samuel Eto’o, adulé pour ses exploits internationaux, a pris les rênes de la FECAFOOT avec la promesse de moderniser un système souvent critiqué pour son opacité et son immobilisme. Mais la méthode Eto’o, brutale et autoritaire, s’est heurtée à une opposition farouche incarnée par Geremi Njitap, président du SYNAFOC, l’organe censé défendre les intérêts des joueurs.
Le retrait unilatéral de l’agrément du SYNAFOC par la FECAFOOT, acté fin 2024, constitue le point d’orgue de ce bras de fer. Cet acte, perçu comme une mise au pas, a déclenché une série de recours juridiques jusqu’au Tribunal arbitral du sport. En refusant toute concertation, Eto’o laisse penser qu’il privilégie le contrôle à tout prix au détriment du dialogue et de la transparence.
Une crise révélatrice de dysfonctionnements structurels
Ce conflit dépasse largement la personnalité des deux hommes. Il met en lumière des problèmes structurels majeurs : absence de mécanismes efficaces de représentation des joueurs, mauvaise gestion financière des clubs, retards récurrents dans le paiement des salaires, et un environnement réglementaire fragile.
La création parallèle de l’ANFC, par la FECAFOOT, traduit un désir de contourner le SYNAFOC, qu’elle juge trop revendicatif. Cette stratégie fragilise davantage la représentation syndicale, divise les joueurs et affaiblit leur capacité de négociation.
L’impact sur le terrain : une double perte
Au cœur de cette guerre d’influence, le football camerounais souffre. Les clubs peinent à fonctionner normalement, les jeunes talents voient leurs carrières compromises par des structures instables, et l’image du football national s’en trouve ternie. La paralysie institutionnelle affecte directement la performance et la compétitivité des équipes.
Un appel urgent à la sagesse et à la réforme
Face à cette impasse, il est urgent que Samuel Eto’o et Geremi Njitap dépassent leurs différends personnels. Leur devoir est de privilégier l’intérêt supérieur du football camerounais, en initiant un dialogue transparent et constructif.
La modernisation de la FECAFOOT doit s’accompagner d’un renforcement des droits des joueurs, avec un syndicat fort et reconnu, capable de porter efficacement leurs revendications. La voie judiciaire, bien que nécessaire pour trancher certains litiges, ne saurait remplacer la concertation.
Il est grand temps que Eto’o et Njitap descendent de leur trône imaginaire et arrêtent de jouer à qui sera le plus fort. Parce qu’à ce rythme, c’est le football camerounais qui perd, et tous les passionnés avec lui.
Conclusion, si ce conflit perdure, il risque de fragiliser durablement un football camerounais en quête de renouveau. Eto’o et Njitap, malgré leurs divergences, partagent une même passion et un même héritage. Leur capacité à réconcilier leurs visions déterminera en grande partie l’avenir du sport roi dans le pays.
Le football camerounais mérite mieux que ce combat d’ego : il mérite une gouvernance unie, transparente et tournée vers l’avenir.