Plus de deux ans après son retour à la présidence de l’Africa Sports d’Abidjan, Kuyo Téa Narcisse cristallise autant d’espoirs que de frustrations. Entre ambition de reconstruction, réformes administratives et résultats sportifs en demi-teinte, une question s’impose : est-il vraiment l’homme de la situation ?
Un retour sous le signe de la légitimité
Élu en décembre 2021 à la tête d’un club alors plongé dans une crise identitaire et institutionnelle, Kuyo Téa Narcisse n’est pas un inconnu du grand public ni des Aiglons. Ancien joueur et ex-dirigeant (2006-2011), il a immédiatement réinstauré l’unicité de commandement en mettant fin à la double gouvernance qui minait l’institution.
Premier geste fort : la réhabilitation du nom historique « Africa Sports d’Abidjan », qui avait été modifié. Il impose ensuite un logo revisité, renvoyant aux grandes heures du club. Ces symboles parlent aux cœurs des supporters.
Des ambitions claires, des résultats mitigés
Sur le plan sportif, Kuyo Téa affiche une volonté de redorer le blason de l’Africa. Sous sa présidence, le club n’arrive pas à remonter en Ligue 1, mais l’embellie sera de courte durée. L’équipe est plombée par des décisions contestées, notamment une rétrogradation litigieuse. Le président proteste, multiplie les recours, sans succès.
Malgré la présence de l’entraîneur italien Angelo Nobile, l’instabilité sportive persiste. L’objectif proclamé d’un retour au sommet du football ivoirien reste pour l’instant un horizon lointain.
Fidèle à sa réputation de dirigeant combatif, Kuyo Téa a également engagé une bataille juridique pour protéger l’image du club, notamment contre l’usage frauduleux du logo. Mais il reste un homme clivant.
Proche de l’ancien président Laurent Gbagbo, ses liens politiques nourrissent le soupçon d’un projet plus partisan que sportif. Certains observateurs s’interrogent : l’Africa est-il un club de football ou une vitrine politique ?
Sur le plan économique, Kuyo Téa se veut pragmatique : « Le football ivoirien n’est pas rentable », affirme-t-il. Sa stratégie repose sur une gestion sobre, une refonte de la boutique officielle, et la vente de produits dérivés. Mais les recettes peinent à suivre et le club reste empêtré dans l’abime.
Conclusion : l’espoir contrarié
Kuyo Téa Narcisse incarne une certaine idée de l’Africa Sports : celle d’un club structuré, fier, enraciné dans l’histoire. Sur le plan administratif, il a redonné une forme de stabilité. Mais le terrain, seul juge en football, reste impitoyable.
À l’heure où le club cherche à sortir de l’ombre de ses années de gloire, l’équation reste entière : le président actuel a-t-il les clés pour conjuguer mémoire et performance ? Ou l’Africa devra-t-il, une fois encore, changer de cap pour renaître ?
Entre mémoire et modernité, stabilité et ambition, Kuyo Téa Narcisse marche sur un fil. Homme de la situation ? Sans doute. Homme de demain ? La réponse viendra des résultats.