À peine quelques semaines après avoir enfilé le costume de sélectionneur de l’équipe nationale d’Angleterre, Thomas Tuchel est déjà au centre d’une tempête médiatique. L’ancien coach de Chelsea et du Bayern Munich n’a pas tardé à imprimer sa marque brutale, exigeante, presque étrangère sur une sélection encore marquée par l’ère Gareth Southgate. Et le Royaume ne semble pas prêt à l’encaisser.
“C’est un jour sombre pour le football anglais” titrait le Daily Mail au lendemain de sa nomination.
Le ton était donné : un Allemand à la tête des Three Lions, c’est une pilule qui passe mal de l’autre côté de la Manche. Les tabloïds comme les anciens joueurs, de Gary Neville à Jamie Carragher, déplorent une rupture symbolique. Dans un contexte où l’identité nationale est scrutée à la loupe, le choix de la FA fait grincer les dents : pourquoi aller chercher ailleurs ce que le pays estime pouvoir produire ?
Un ton qui claque, un vestiaire secoué
Mais ce n’est pas seulement son passeport qui dérange. C’est son franc-parler, presque abrasif, qui fait l’effet d’une douche froide. Après une victoire peu convaincante contre Andorre (1-0), Tuchel n’a pas mâché ses mots :
“On aurait dit que certains s’ennuyaient. Ce n’est pas acceptable à ce niveau.”
Les critiques publiques n’ont pas plu, ni aux supporters, ni à certains joueurs. En Angleterre, on préfère laver son linge sale en famille – un principe que Tuchel semble ignorer royalement. Son approche, plus continentale que britannique, heurte un groupe encore imprégné de la diplomatie sudgatienne.
Une défaite, un dérapage, une colère
La situation a empiré lors d’un match amical largement perdu contre le Sénégal (1-3), première défaite de l’Angleterre face à une sélection africaine. Humiliation. Pire encore, l’entraîneur a dénoncé l’arbitrage et l’état d’esprit de ses cadres.
“On joue sans courage, sans idées, sans urgence.”
Certains consultants réclament déjà des changements radicaux dans le groupe. Jamie O’Hara s’interroge : pourquoi insister avec Jordan Henderson ou Kyle Walker au détriment de la jeunesse ?
Tuchel, miroir d’une crise plus large ?

La crispation autour de Tuchel dépasse le cadre footballistique. Elle raconte l’Angleterre d’aujourd’hui : tiraillée entre son insularité et son ambition européenne, entre le respect des traditions et le besoin de révolution. En choisissant Tuchel, la Fédération a fait le pari du choc culturel – quitte à se brûler.
Reste à savoir si l’Allemand, aussi talentueux que clivant, saura rallier un vestiaire frileux et une opinion publique déjà à cran. Une chose est sûre : le climat autour des Three Lions n’a jamais été aussi électrique à l’orée d’un Euro.