Après le départ de Tom Saintfiet, la nomination d’Anthony Da Silva ouvre un nouveau chapitre pour la sélection nationale du Mali. Avec un projet sportif fixé sur trois ans, le technicien franco-portugais doit transformer le potentiel des Aigles en résultats concrets, tout en préparant une nouvelle conquête continentale et un objectif historique : la Coupe du monde 2030.
Au Mali, le football dépasse largement le cadre d’une simple discipline sportive. Il représente une passion populaire, un facteur de rassemblement et une source de fierté nationale. À chaque sortie des Aigles, les attentes sont considérables, à la hauteur du talent des joueurs maliens et de l’espoir de voir le pays s’installer durablement parmi les grandes nations du football africain.
C’est dans ce contexte qu’Anthony Da Silva a pris les commandes de la sélection nationale en juin 2026, succédant au Belge Tom Saintfiet. La Fédération malienne de football (FEMAFOOT) lui a confié un contrat de trois ans et des objectifs ambitieux : qualifier le Mali pour la CAN 2027, atteindre les demi-finales de cette compétition, viser la finale de l’édition suivante et décrocher une qualification pour la Coupe du monde 2030. La mission est donc immense. Il ne s’agit pas seulement de gagner quelques rencontres, mais de bâtir une équipe cohérente, capable de répondre aux exigences du football moderne et de franchir les paliers qui lui ont longtemps échappé.
Le choix d’Anthony Da Silva marque le début d’une nouvelle étape dans la gestion des Aigles. Ancien défenseur latéral droit, formé au Paris Saint-Germain et passé par plusieurs clubs européens, notamment au Portugal et en Roumanie, le technicien possède une licence UEFA Pro. Il a également acquis une expérience internationale au sein de l’encadrement de la sélection camerounaise. Sa nomination, officialisée le 4 juin 2026, est intervenue après l’élimination du Mali en quarts de finale de la CAN 2025 et le départ de Tom Saintfiet.
Le projet du nouvel entraîneur repose notamment sur trois axes : la performance internationale, la valorisation du championnat national et l’intégration progressive des talents locaux. La FEMAFOOT a également annoncé que le sélectionneur résiderait à Bamako afin de suivre de plus près les compétitions locales et de travailler en collaboration avec la Direction technique nationale. Cette présence sur le terrain malien pourrait faciliter la détection de nouveaux profils et renforcer les liens entre les joueurs évoluant à l’étranger, les talents du championnat national et les différentes catégories de jeunes.
Les premiers rendez-vous officiels d’Anthony Da Silva ont donné des raisons d’espérer aux supporters maliens. Lors des deux premières journées des éliminatoires de la CAN 2027, le Mali a enregistré une victoire de 3-1 contre le Cap-Vert, puis un succès de 1-0 face au Liberia. La sélection a ensuite obtenu un match nul de 1-1 contre le Maroc, selon un entretien du sélectionneur publié le 9 octobre 2026 par L’Essor et repris par Maliweb. Ces trois rencontres ont permis aux Aigles de marquer cinq buts et d’en concéder deux.
Da Silva a notamment mis en avant l’agressivité à la récupération, la volonté de jouer vers l’avant et l’appropriation progressive de ses consignes par les joueurs. Ces résultats constituent un premier indicateur encourageant, mais ils ne suffisent pas à établir un bilan définitif. Le projet du sélectionneur doit encore être évalué sur la durée, notamment face à des adversaires capables de perturber son organisation et lorsque la pression des rencontres à élimination directe se fera sentir.
L’enjeu sera de transformer ces premiers signes positifs en régularité. Une équipe ambitieuse ne se définit pas uniquement par ses victoires, mais aussi par sa capacité à gérer les moments difficiles, à préserver son équilibre et à trouver des solutions lorsque son plan de jeu ne fonctionne pas.
Au-delà des résultats, l’une des grandes questions concerne l’identité que Da Silva souhaite installer au sein de la sélection. Dans son entretien d’octobre, le technicien a décrit une équipe qui veut être protagoniste du jeu, récupérer rapidement le ballon et se projeter vers l’avant. Cette orientation suppose une bonne coordination entre les lignes, une intensité constante et une capacité à exploiter les espaces laissés par l’adversaire.
Pour y parvenir, le Mali devra trouver le bon équilibre entre ambition offensive et sécurité défensive. Les deux buts concédés lors des trois premières rencontres, dont un sur coup franc et un sur penalty selon le sélectionneur, constituent des éléments à examiner, même si ces situations ne suffisent pas à elles seules à mesurer la solidité défensive de l’équipe. Le travail vidéo, l’analyse des déplacements et la répétition des situations de jeu seront essentiels. Da Silva a expliqué que son encadrement utilisait des vidéos, des présentations et des exercices ciblés pour transmettre ses consignes.
La question sera désormais de vérifier si cette identité demeure visible contre des équipes qui imposent un pressing intense, défendent bas ou exploitent les transitions rapides. Car le véritable défi ne consiste pas seulement à appliquer des principes de jeu lors des premières rencontres, mais à les maintenir lorsque les circonstances deviennent plus difficiles.
Le Mali possède un vivier de joueurs aux profils variés, entre internationaux confirmés, éléments en progression et jeunes susceptibles de s’imposer à l’échelle internationale. Mais réunir des individualités talentueuses ne garantit pas automatiquement la réussite collective. Le sélectionneur doit établir une concurrence sportive crédible, définir les responsabilités de chacun et maintenir un environnement dans lequel les joueurs comprennent leur rôle, qu’ils soient titulaires ou remplaçants.
Lors du rassemblement évoqué en octobre, 25 des 26 joueurs convoqués ont bénéficié de temps de jeu, à l’exception d’Issa Djiguiba. Pour Da Silva, cette rotation illustre l’importance accordée à l’ensemble du groupe. Cette gestion pourrait devenir un avantage au fil des échéances, à condition que les changements préservent la cohérence tactique de l’équipe. Les longues campagnes internationales exigent des solutions de remplacement fiables, notamment en cas de blessures, de suspensions ou de baisse de forme.
L’autre défi sera de maintenir la cohésion du vestiaire lorsque les résultats seront moins favorables. Les premières victoires peuvent créer une dynamique positive, mais c’est souvent dans les périodes difficiles que se mesure la solidité d’un collectif. La gestion humaine pourrait ainsi peser autant que les choix tactiques dans la réussite du projet.
La Coupe d’Afrique des nations 2027 représente la première échéance majeure du projet Da Silva. L’objectif officiel fixé par la FEMAFOOT est clair : qualifier le Mali et atteindre les demi-finales. Il ne s’agit donc pas uniquement de participer à la compétition, mais de faire progresser la sélection dans la hiérarchie continentale.
Pour atteindre cet objectif, les Aigles devront gagner en régularité, convertir davantage leurs occasions, mieux maîtriser les phases défensives et apprendre à gérer les matchs à élimination directe. Ils devront savoir gagner même lorsque le jeu est fermé et que les occasions sont rares. Le parcours du Mali lors de la CAN 2025, conclu en quarts de finale, rappelle que franchir les premières étapes ne garantit pas l’accès au dernier carré. Le nouvel encadrement devra donc préparer les joueurs à plusieurs scénarios de match et leur permettre d’aborder les grandes rencontres avec discipline et sérénité.
L’autre grande ambition du projet est la qualification pour la Coupe du monde 2030. Cet objectif possède une portée particulière pour une sélection qui n’a encore jamais participé à la phase finale du Mondial masculin. La route est toutefois longue. La qualification mondiale exige de la continuité, une gestion rigoureuse des effectifs et la capacité à prendre des points contre des concurrents directs.
Le travail ne pourra pas se limiter aux périodes de rassemblement. Le suivi des joueurs dans leurs clubs, la prévention des blessures, l’analyse des performances et la détection de nouveaux talents devront s’inscrire dans une stratégie permanente. La présence annoncée du sélectionneur à Bamako peut contribuer à renforcer ce suivi, notamment pour les joueurs évoluant dans le championnat malien.
Il faudra aussi veiller à ce que la préparation de la CAN 2027 et les ambitions mondiales s’articulent dans un même projet. Les résultats immédiats sont nécessaires, mais la construction d’un groupe capable de durer sur plusieurs années demeure tout aussi importante.
L’exigence du public malien constitue une dimension incontournable de cette nouvelle période. Les supporters attendent des résultats, mais également une équipe qui défend les couleurs nationales avec engagement et propose un football identifiable. En octobre, Da Silva a appelé à l’unité autour des Aigles, soulignant que le succès dépendait du travail collectif de l’encadrement, des joueurs et de l’environnement de la sélection.
Cette unité concerne également les responsables du football malien. La FEMAFOOT devra offrir au staff les conditions nécessaires à son travail : organisation des déplacements, préparation des rencontres, suivi médical, disponibilité des infrastructures et collaboration avec les clubs. La fédération a affiché des ambitions sur trois ans. Il lui revient désormais de soutenir ce projet dans la durée, sans laisser les résultats d’une seule rencontre dicter l’ensemble de sa politique sportive.
La confiance ne peut cependant pas reposer uniquement sur des déclarations. Elle devra se construire à travers des résultats vérifiables, une communication transparente et une progression perceptible de la sélection. La pression populaire peut constituer une source de motivation, mais elle exige aussi de la patience et une évaluation objective du travail accompli.
L’arrivée d’Anthony Da Silva ouvre ainsi une nouvelle page de l’histoire récente des Aigles du Mali. Les premiers résultats officiels — deux victoires et un nul lors des trois rencontres évoquées en octobre — donnent au sélectionneur une base de travail encourageante. Mais le véritable enjeu dépasse cette entame. Il s’agit de transformer le potentiel des joueurs maliens en performances régulières, de consolider une identité de jeu et de préparer une équipe capable de rivaliser avec les meilleures nations africaines.
La CAN 2027 sera un premier rendez-vous décisif pour mesurer l’avancée du projet. La Coupe du monde 2030 représente, elle, l’ambition à long terme. Anthony Da Silva dispose d’une feuille de route ambitieuse et d’un groupe qui a déjà montré des signes de progression. Il lui reste à démontrer que ces premiers résultats peuvent s’inscrire dans la durée.
Pour les Aigles, l’heure n’est donc plus seulement aux promesses : elle est à la construction, à la régularité et à la confirmation. Le Mali attend désormais que cette nouvelle dynamique se traduise par des performances à la hauteur de ses aspirations.
Sources principales : FEMAFOOT, communiqué officiel de juin 2026 ; Agence de presse APA, juin 2026 ; Maliweb, entretien avec Anthony Da Silva publié le 9 octobre 2026.