La nomination de Patrice Neveu à la tête des Éperviers du Togo n’est pas un simple changement de banc. C’est un signal. Celui d’un pays qui veut tourner une page d’instabilité chronique et redonner un cap clair à son football.
Le choix d’un technicien rompu aux réalités du football africain n’a rien d’anodin. Patrice Neveu connaît les terrains cabossés, les qualifications arrachées dans des contextes tendus, les contraintes logistiques et les attentes immenses qui entourent les sélections nationales du continent. Son expérience, notamment avec le Gabon ou encore la Mauritanie, plaide en sa faveur : il sait bâtir avec peu, structurer un groupe et installer une discipline collective.
Pour le Togo, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord de retrouver une compétitivité sportive. Les Éperviers, autrefois portés par une génération dorée emmenée par Emmanuel Adebayor, peinent depuis plusieurs années à s’imposer sur la scène continentale. Les campagnes de qualification à la CAN et à la Coupe du monde se sont succédé avec leur lot de frustrations. Le talent individuel existe, mais il manque souvent un cadre, une continuité et une identité de jeu.
C’est précisément là que Neveu est attendu. Plus qu’un sélectionneur, il devra être un architecte. Réinstaurer une culture de la performance, redonner confiance à un groupe parfois fragilisé et, surtout, recréer un lien fort avec le public togolais. Dans un pays où le football demeure un puissant vecteur d’unité nationale, les résultats de l’équipe nationale dépassent largement le rectangle vert.
Mais le défi ne sera pas simple. L’expérience seule ne suffit pas. Elle devra s’accompagner d’un projet fédéral cohérent, d’un soutien institutionnel solide et d’une gestion apaisée autour de la sélection. Trop souvent, les Éperviers ont été freinés par des turbulences extra-sportives. Si l’environnement ne suit pas, même le meilleur technicien se heurtera à un plafond de verre.
La signature de Patrice Neveu est donc un pari. Un pari sur la stabilité, sur la rigueur et sur la méthode. Ce n’est peut-être pas le choix le plus spectaculaire, mais c’est un choix pragmatique. Et parfois, dans le football africain moderne, le pragmatisme est la première étape vers la reconstruction.
Reste désormais à transformer l’intention en résultats. Car au-delà des discours et des espoirs, ce sont les qualifications, les victoires et l’orgueil retrouvé des Éperviers qui jugeront réellement ce nouveau chapitre.