Le football moderne adore ces moments charnières, là où une phrase en interview peut peser presque autant qu’un match international.
En ouvrant publiquement la porte à l’équipe de France Espoirs, Ismaëlo Ganiou n’a pas seulement parlé d’un rêve personnel : il a exposé, une fois de plus, les fragilités structurelles de la gestion des binationaux côté africain.
À 20 ans, le défenseur du RC Lens ne force rien. Il constate. Recalé pour la CAN 2025 par l’ex-sélectionneur burkinabè Brama Traoré, jugé encore “trop tendre”, Ganiou a vu passer une opportunité qui ne repassera peut-être pas. Dans ce contexte, évoquer les Bleuets ressemble moins à une trahison qu’à un réflexe de carrière parfaitement rationnel.
Ses mots, posés et mesurés, disent beaucoup : pas de rupture, pas d’ultimatum, simplement un objectif parmi d’autres. La France Espoirs “l’attire”. Il travaille, il espère. Rien de plus. Et surtout, rien d’irréversible.
Car juridiquement et sportivement, le dossier reste ouvert. Né à Lille de parents burkinabè, Ganiou n’a disputé qu’un seul match avec le Burkina Faso A — une entrée en jeu de 28 minutes face au Zimbabwe en amical. Autrement dit, aucun verrou définitif. À ce stade, le flou profite toujours au joueur.
Le vrai sujet n’est donc pas le “choix” de Ganiou, mais ce qui l’a poussé à regarder ailleurs. En Afrique, combien de talents précoces ont été appelés trop tôt, puis mis de côté trop vite ? Combien ont servi de solution ponctuelle avant d’être oubliés à la première difficulté ? Le message envoyé, volontairement ou non, est souvent brutal : tu es prometteur, mais pas indispensable.
Dans ce contexte, la tentation française n’est pas qu’un prestige. C’est une stabilité sportive, un cadre clair, une projection cohérente. Pour un défenseur polyvalent, déjà titulaire en Ligue 1 et en progression constante, l’intérêt des Bleuets n’a rien d’illogique.
Pour le Burkina Faso, l’enjeu est désormais limpide. Alors que la sélection est en quête d’un nouveau sélectionneur, il faudra aller au-delà des convocations symboliques. Convaincre, accompagner, installer. Car à force de considérer les jeunes binationaux comme des options secondaires, on finit par les transformer en pertes stratégiques.
Ismaëlo Ganiou n’a pas fermé la porte. Il l’a simplement entrouverte.
À ses dirigeants internationaux de décider s’ils veulent encore y passer.