Un mois après l’élimination de l’Algérie en quart de finale de la CAN 2025 face au Nigeria (0-2), l’épisode reste sensible. Non pas tant pour le score — globalement accepté — que pour ce qu’il a révélé : la difficulté chronique du football africain à séparer frustration sportive et suspicion arbitrale dans les grands rendez-vous.
Les décisions contestées de l’arbitre sénégalais Issa Sy, en particulier cette main nigériane non sanctionnée et non revue par la VAR en début de match, ont servi de détonateur. Dans un contexte déjà sous haute tension, ce fait de jeu a nourri un sentiment d’injustice profondément ancré chez les Fennecs. La réaction officielle de la Fédération algérienne, inhabituelle par sa fermeté, en est le reflet.
Mais réduire cette élimination à l’arbitrage serait une erreur d’analyse. Sportivement, le Nigeria a été supérieur. Plus solide, plus mature dans la gestion des temps faibles, plus tranchant dans les moments clés. Plusieurs cadres algériens l’ont d’ailleurs reconnu sans détour. Et c’est précisément là que le débat devient intéressant : l’arbitrage n’a pas fait perdre l’Algérie, il a empêché l’acceptation sereine de la défaite.
La scène impliquant Redouane Berkane après le coup de sifflet final illustre parfaitement cette confusion. Le refus de poignée de main de l’arbitre, geste malheureux mais humain dans un climat électrique, a été perçu comme une provocation supplémentaire. Pourtant, la réaction du principal intéressé, lucide et apaisée, tranche avec l’emballement général. En assumant la colère de l’arbitre et en appelant à tourner la page, Berkane a livré l’une des lectures les plus matures de cet épisode.
Les sanctions infligées à Luca Zidane et Rafik Belghali rappellent une réalité souvent occultée : la perte de contrôle émotionnel coûte presque toujours plus cher que la décision initiale contestée. Dans les compétitions à élimination directe, ce sont parfois ces débordements post-match qui laissent les traces les plus durables.
Au fond, cet Algérie–Nigeria est symptomatique d’une CAN 2025 ultra-tendue, où chaque décision arbitrale devient un symbole, chaque geste une interprétation politique ou émotionnelle. Tant que l’arbitrage africain restera perçu comme une entité hostile plutôt qu’un élément perfectible du jeu, ces polémiques continueront de prospérer.
La vraie progression, pour l’Algérie comme pour l’ensemble du football continental, passera peut-être par là : accepter que l’injustice ressentie ne soit pas toujours synonyme d’injustice réelle, et que la lucidité après la défaite est parfois le premier pas vers la reconquête.